La situation politique des Canadiennes et des Québécoises à travers les siècles

Au commencement de la colonie, soit au XVIIe et au XVIIIe siècle, les femmes jouent un certain rôle sur le plan de l’économie rurale et de la gestion municipale. Ainsi, elles peuvent plaider au conseil souverain sous leur identité ou sous celle de leur époux lorsque ce dernier est absent ou décédé.1 La mise en place de l’Acte constitutionnel en 1791 modifie quelque peu la situation. En effet, l’Acte constitutionnel donne le droit de vote aux " personnes " propriétaires qui répondent à certains critères sans spécifier le sexe.2 Il n’y a que les Canadiennes, à travers tout l’Empire britannique, à utiliser le droit de vote. Celles-ci considèrent cette absence d’interdiction comme une permission.3

La situation change au XIXe siècle. Le XIXe siècle est une période qui sacre la femme reine du foyer et protectrice des valeurs familiales.4 Ces valeurs données aux femmes leur enlèvent toute possibilité de collaboration au processus politique. En fait, la pensée du XIXe siècle est axée sur l’exclusion des femmes de la politique. Dans le Bas-Canada, les parlementaires du Parti canadien, qui s’opposent au suffrage féminin, n’ont qu’un comportement masculin normal de cette époque.5 Cette opposition entraîne la révision de la loi électorale. La proposition d’amendement enlevant le droit de vote aux femmes est acceptée en 1843. Toutefois, cette loi n’entre pas en vigueur.6 Le suffrage est ravi à la gent féminine en 1849. Les parlementaires craignent sûrement que les agitations féministes qui se déroulent en Amérique du Nord n’influencent les Canadiennes françaises. Cette crainte a favorisé l’adoption de cette interdiction. Ainsi, les Canadiennes françaises se retrouvent privées de droits politiques comme les autres Canadiennes.7

Ensuite, le Québec se dote d’un nouveau Code civil en 1866. Ce Code civil stipule que la femme mariée est une incapable du point de vue juridique, comme les mineurs, les déficients mentaux et les anathèmes.8 Les conséquences légales de cet état de fait sont que les femmes " ne peuvent plus être les gardiennes de leurs enfants, se défendre ou intenter une action devant les tribunaux, recevoir un héritage, avoir droit au produit de leur travail ".9 Seules les veuves et les célibataires obtiennent des droits. En 1888, les veuves et les célibataires majeures et propriétaires peuvent user de leur droit de suffrage dans les villes régies par le Code municipal. Les locataires obtiennent le droit de suffrage en 1892. Une bataille menée par les suffragettes pousse la Ville de Montréal à suivre cette voie en 1899. Les suffragettes poursuivent leur lutte au fédéral et au provincial.10 Donc, les possibilités de participation des femmes au monde politique, sauf pour les élections municipales, sont réduites à néant à la fin du XIXe siècle.11

1. Jeanne MORAZAIN.   "De l'isoloir au pouvoir", La Gazette des femmes, 11, no 6, mars-avril 1990, p.9.

2.  Jeanne MORAZAIN.  "De l'isoloir au pouvoir", La Gazette des femmes, 11, no 6, mars-avril 1990, p.9

3. Jeanne MORAZAIN.   "De l'isoloir au pouvoir", La Gazette des femmes, 11, no 6, mars-avril 1990, p.9.

4. COLLECTIF CLIO.   L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, édition entièrement revue et mise à jour, Québec, Le Jour éditeur, 1992, p.142.

5. COLLECTIF CLIO.   L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, édition entièrement revue et mise à jour, Québec, Le Jour éditeur, 1992, p.164.

6. Jeanne MORAZAIN.   "De l'isoloir au (...)", p.9.

7. COLLECTIF CLIO.   L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, édition entièrement revue et mise à jour, Québec, Le Jour éditeur,1992, p.164.

8. Jeanne MORAZAIN.   "De l'isoloir au (...)", p.2.

9. Jeanne MORAZAIN.   "De l'isoloir au (...)", p.9.

10. Jeanne MORAZAIN.   "De l'isoloir au (...)", p.10.

11.Yolande PINARD.   "Les débuts du mouvement des femmes à Montréal, 1893-1902", dans Travailleuses et féministes.   les femmes dans la société québécoises, Montréal, Éditions Boréal Express, 1983, p.192.

 

BIBLIOGRAPHIE

COLLECTIF CLIO. L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, édition entièrement revue et mise à jour, Montréal, Le Jour éditeur, 1992, 646 p.

MORAZAIN, Jeanne. " De l’isoloir au pouvoir ", La Gazette des femmes, 11, n° 6, mars-avril 1990, p. 9-19.

PINARD, Yolande. " Les débuts du mouvement des femmes à Montréal 1893-1902 ", dans Travailleuses et féministes. Les femmes dans la société québécoise, Montréal, Éditions Boréal Express, 1983, p. 177-198.