Le droit de vote au Québec

En 1922, le Québec est l’une des seules provinces au Canada à ne pas accorder le droit de suffrage aux femmes.1 Quelques groupes de femmes se sont penchés sur la question, comme le Conseil local des femmes de Montréal 2 (1893) et la Fédération nationale de Saint-Jean-Baptiste (FNSJB), mais rien de concret n’en est ressorti.3                      

 

Marie Gérin-Lajoie

QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉININE.   Les femmes à l'assemblée national du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, éditeur officiel, 1990, p.15.

Il faut attendre les années 1920 avant que des groupes de femmes axés sur la  question se forment. Ainsi, on assiste à la création du Comité provincial pour le  suffrage féminin (CPSF) par Marie Gérin-Lajoie et Mme Walter Lyman. Le CPSF est composé de femmes anglophones et francophones, comme Thérèse Casgrain, Idola Saint-Jean et d’autres membres influents de la FNSJB. Le CPSF est un groupe apolitique qui veut convaincre la population, par le biais d’une campagne, que l’obtention du droit de vote élèverait et améliorerait la position sociale des femmes. Le 9 février 1922, un groupe de 400 femmes se rend à Québec pour entretenir le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau au sujet du suffrage féminin. Lors de l’entretien, le premier ministre stipule que      si les femmes acquièrent un jour le droit de vote, ce ne sera pas lui qui leur donnera. Cet échec marque le début de longs et pénibles débats parlementaires à Québec. Les femmes des régions rurales sont opposées. Elles font circuler une pétition de 25 000 noms. L’Église s’oppose également au suffrage féminin.4

Marie Gérin-Lajoie va à Rome en mai 1922 pour assister à la réunion de l’Union internationale des ligues catholiques féministes afin de recevoir l’assentiment du pape sur le suffrage des femmes au Québec. L’Union appuie ses membres et leur permet d’embarquer dans le mouvement suffragiste. Par contre, le représentant du pape déclare que cette lutte est inacceptable sans l’autorisation de l’épiscopat local. Cette réplique du représentant du pape signifie quelque peu l’abandon du projet, étant donné l’hostilité du clergé québécois quant à cette question. Il semble que l’anti-suffragiste féminin Henri Bourassa ait influencé le représentant du pape dans cette décision. Marie Gérin-Lajoie cède aux pressions du clergé et remet sa démission au Comité. Ce dernier est inopérant jusqu’en 1926.5

                                                                              

                                                                                

Thérèse Forget Casgrain 

 QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉININE.   Les femmes à l'assemblée national du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, éditeur officiel, 1990, p.15.

        

Une scission s’opère au sein du Comité en 1927. Ainsi, Idola Saint-Jean quitte le CPSF parce qu’elle considère qu’il est trop inactif et qu’il ne rejoint pas assez les classes ouvrières. Elle met sur pied l’Alliance canadienne pour le vote des femmes (ACVF). Thérèse Casgrain assume la présidence du Comité en 1928. Celui-ci devient la Ligue des droits de la femme (LDF) en 1929.6 La LDF entretient d’autres objectifs par rapport à l’obtention de droits pour les femmes.7 Les deux groupes mettent leurs efforts en commun, et ce, en dépit de leurs différends. Ainsi, l’Alliance et la Ligue (CPSF avant 1929) revendiquent ensemble le droit de vote lors des sessions parlementaires, et ce, 14 années durant.8 Le 19 février 1927, un député de l’Assemblée législative, le libéral Victor Marchand, propose de plaider leur cause. Cette situation, bien qu’elle soit une première au Québec, se révèle un échec.9 En 1929, le premier ministre Taschereau établit la Commission Dorion, une commission d’enquête pour améliorer certaines lois au profit de la femme. Sur seize réformes possibles, seulement quelques-unes sont acceptées. Les suffragettes militent jusqu’en 1936 sans succès. La démission du premier ministre Taschereau avec l’ensemble de son cabinet entraîne la dissolution de l’Assemblée législative et les élections. La LDF profite de ce revirement de situation, qui engendre des changements à la loi électorale, pour obtenir le suffrage féminin. Toutefois, Maurice Duplessis, le nouveau premier ministre et chef de l’Union nationale, refuse la reconnaissance de ce droit.10

Les suffragettes, au nombre de 40 déléguées, participent au congrès du Parti libéral en juin 1938 à l’instigation de la LDF et de sa présidente, Thérèse Casgrain. Les suffragettes présentes au congrès font un article du programme libéral en faveur du suffrage féminin. Adélard Godbout, chef du Parti libéral, accepte d’appuyer leur cause. En 1939, Godbout est élu premier ministre du Québec. Le 20 février 1940, le projet de loi pour le suffrage féminin est inscrit dans le discours du Trône. Le 1er mars, le cardinal Villeneuve envoie, au nom du clergé, un communiqué contre le suffrage féminin dans tous les journaux. En réponse à cet affront, Godbout communique avec le cardinal et le menace de démissionner et de demander à l’anticlérical T.D. Bouchard de lui succéder. L’opposition se calme. Le 18 avril 1940, le projet de loi est adopté. Il est sanctionné par l’Assemblée législative le 25 avril 1940.11 L’obtention de ce droit est un événement très important pour les femmes et pour l’histoire des femmes, puisqu’il représente la fin du contrôle qu’elles subissaient ainsi que le début d’une égalité formelle entre les sexes.12

1.Diane LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989, p.40.

2. Ce groupe se forme en 1893 à Montréal alors que les femmes n'ont aucun droit de suffrage au fédéral ni au provincial. COLLECTIF CLIO.   L'histoire des femmes depuis quatre siècles, édition entièrement revue et mise à jour, Montréal, Le Jour éditeur, 1992, p.359.

3. La FNSJB est fondée en 1907 par Marie Gérin-Lajoie et Caroline Béique.   Elle est modulée par féminisme chrétien.  Ce féminisme permet aux femmes de concilier leur recherche de droits et leurs croyances religieuses, c'est-à-dire respecter leur rôle de femme dicté par l'Église.   Ce groupe concentre ses activités autour d'oeuvres de charités ainsi que d'oeuvres de charité ainsi que d'oeuvres économiques et et éducatives. Marie LAVIGNE, Yolande PINARD et Jennifer STODDART.  "La Fédération nationale de Saint-Jean-Baptiste et les revendications féministes au début du 20e siècle", dans Travailleuses et féministes.   Les femmes dans la société québécoise, Montréal, Boréal Express, 1983, p.201-202.

4. QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée nationale, du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, Éditeur officiel, 1990, p.16.

5. QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée nationale, du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, Éditeur officiel, 1990, p.18. 

6. QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée nationale, du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, Éditeur officiel, 1990, p.18.

7. Diane LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989, p.44.

8. QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée (...), p.18.

9. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage,1989, p.44. 

10.QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée (...), p.20. 

11.QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée (...), p.24.

12. COLLECTIF CLIO.   L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, édition entièrement revue et mise à jour, Montréal, le Jour éditeur, 1992, p. 364.

 

BIBLIOGRAPHIE

COLLECTIF CLIO. L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, édition entièrement revue et mise à jour, Montréal, Le Jour éditeur, 1992, 646 p.

LAMOUREUX, Diane. Citoyennes? Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989, 195 p.

LAVIGNE, Marie, PINARD, Yolande, STODDART, Jennifer. " La FNSJB et les revendications féministes au début du 20e siècle ", dans Travailleuses et féministes. Les femmes dans la société québécoise, Montréal, Éditions Boréal Express, 1983, p. 199-216.

QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE. Les femmes à l’Assemblée nationale, du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, Éditeur officiel, 1990, 57 p.