Le droit de vote des femmes au fédéral

Le mouvement suffragiste au Canada connaît ses débuts en 1876, avec la création du Toronto Women’s Literacy Club (WLC). Ce groupe est créé par la première femme médecin au Canada, Emily Howard Stowe. C’est un " club de discussion " qui se penche sur les problèmes sociaux. Le groupe devient la Women’s Suffrage Society (WSS) en 1883. La WSS essaie d’étendre le mouvement dans plusieurs provinces du Canada et de rassembler les efforts d’autres groupes suffragistes.2 Le mouvement suffragiste au Canada et au Québec est modulé par le phénomène de réformes sociales qui secoue le Canada et l’ensemble de l’Amérique du Nord. Ce mouvement veut résoudre des problèmes liés à l’industrialisation et à l’urbanisation.3 Ces suffragettes désirent obtenir ce droit afin de mieux répondre à leurs rôles de mère et d’épouse dans la société. Il s’agit d’un mouvement éclaté dont les activités se jouent dans l’ensemble des provinces du Canada, sauf au Québec.

C’est en 1885 que la question du droit de vote des femmes fait des siennes au Parlement fédéral. À cette époque, le premier ministre Macdonald veut atténuer la portée d’un des projets de loi présentés en 1883. Ce projet accorde le droit de suffrage à tous les propriétaires de biens immobiliers de 300 dollars dans les milieux urbains et de 200 dollars dans les milieux ruraux. Les locataires ont aussi accès au droit de vote si leur bail annuel est égal à 30 dollars dans les localités et à 20 dollars dans les zones rurales.4 Ce projet ne fait pas référence au sexe de la personne, ce qui permet aux femmes célibataires majeures et aux veuves de voter.5

Le débat parlementaire de ce projet tourne autour de trois thèmes. Le premier élément se concentre sur les pouvoirs de chacun des ordres de gouvernement, soit fédéral, provincial et municipal. Les autres éléments sont axés sur le principe de propriété pour voter et sur le suffrage féminin. Lors de ce débat, le gouvernement fédéral retient trois arguments en faveur du suffrage féminin. D’abord, les parlementaires tiennent compte de vieux principe libéral " no tax without representation ".6 Cela signifie que, si les femmes paient des taxes ou un autre tribut à l’État, il est normal qu’elles aient leur mot à dire dans ce que l’État considère important par le biais du droit de vote. Ensuite, le suffrage féminin peut assainir le monde politique. Puis, le gouvernement utilise un argument très fataliste, à savoir que la femme obtiendra le droit de vote un jour. Alors, pourquoi ne pas le lui accorder maintenant? Les forces anti-suffragistes (contre le droit de vote des femmes) ne s’inquiètent pas de ces arguments, étant sûres que ce droit ne sera jamais accordé aux femmes.7 Le débat recommence en 1898, alors que le premier ministre Laurier présente un projet qui oblige les provinces à définir les critères électoraux sur le plan fédéral et provincial. Le débat stagne jusqu’en 1917.8

La loi électorale de 1898 complique les démarches du mouvement suffragiste au fédéral. Ce mouvement doit se reformer à l’intérieur de chacune des provinces, puisque la loi dépend de ces dernières. Ainsi, les groupes créés dans chacune des provinces ont leur caractère particulier.9 Ces organisations sont formées " en fonction des rapports de forces provinciaux ".10 Toutefois, le mouvement est inactif jusqu’en 1909. Cette absence d’action est associée à la prospérité économique que connaît le Canada. La rencontre du Conseil international des femmes en 1909 relance les activités. Le National Council of Women du Canada, créé par Lady Aberdeen, l’épouse du gouverneur général du temps, se joint à la cause en 1910, avec une équipe sur le droit de vote (formée en 1904).11 Les suffragettes québécoises du Montreal Suffrage Association se rallient aussi à la cause et militent de 1912 à 1919. L’ensemble de ces femmes soutient qu’elles ont aussi accès au droit de vote, puisque les provinces de l’Ouest l’ont accordé. Ces femmes croient que, depuis la guerre, les relations sociales entre les deux sexes ont changé. Le droit de vote est accordé aux femmes au fédéral en 1919. Cette obtention fait suite à la Loi des élections en temps de guerre de 1917. Cette loi permettait aux femmes de voter à la place d’un autre individu en service militaire et parti au loin si elles avaient un quelconque lien de parenté avec celui-ci.12 Les groupes suffragistes se dissolvent peu de temps après l’obtention du droit de vote.

1. Diane, LAMOUREUX.  Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du         Remue-ménage, 1989, p.31.

2. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989,p.2.

3. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.27.

4. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.17.

5. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.18.

6. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.19.

7. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.19.

8. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.21.

9. Diane , LAMOUREUX.   Citoyennes?  Femmes, droit de vote (...), p.32.

10. Diane, LAMOUREUX.  Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.32.

11. Diane, LAMOUREUX.  Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.32.

12. COLLECTIF CLIO.   L'histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, édition entièrement revue et mise à jour, Montréal, Le Jour éditeur, 1992, p.360.   

 

BIBLIOGRAPHIE

COLLECTIF CLIO. L’histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Montréal, Le Jour éditeur, 1992, 646 p.

LAMOUREUX, Diane. Citoyennes? Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989, 195 p.