Les actions au Canada et au Québec

Les actions effectuées en vue de l’obtention du droit de vote diffèrent entre le mouvement suffragiste canadien et le mouvement québécois. En effet, les suffragettes canadiennes bénéficient d’un contexte beaucoup plus favorable à leur cause que les Québécoises. Cela explique le peu de moyens mis de l’avant par les Canadiennes. Ces féministes ont effectué des recours auprès du gouvernement, tels que des projets de loi et des référendums.1 Elles ont fait signer des pétitions. Elles ont fait des rencontres. Les suffragettes canadiennes ont fait une campagne iconographique afin de sensibiliser la population. En fait, ces féministes n’usent pas de moyens très controversés pour éveiller l’opinion publique à leur cause, comparativement aux Québécoises.2

                                     

Un exemple de l'iconographie des suffragettes au fédérale.   "Everybody Votes but mother" dans Grain grower Guide, 1er juillet 1914. Diane LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Édition du remue-ménage, 1989, p.30

Pour leur part, les Québécoises n’ont pas d’autres choix que d’innover et de multiplier leurs actions afin de sensibiliser l’opinion publique et le gouvernement à leur situation. Deux étapes sont perceptibles en ce qui concerne les moyens de pression utilisés par les suffragettes au Québec. La première, de 1922 à 1927, est caractérisée par des démarches plus " conservatrices ", comme des pèlerinages parlementaires à Québec durant près de seize années de suite. L’ensemble de ces pèlerinages se solde par des échecs. Il y a aussi le voyage de Marie Gérin-Lajoie à Rome, lors de la rencontre de l’Union internationale des ligues catholiques féministes, afin d’obtenir l’assentiment du pape au sujet du suffrage féminin en 1922. Ce déplacement est aussi un échec, puisque le représentant du pape déclare qu’il ne peut accepter cette lutte sans l’autorisation de l’épiscopat local. Cette réponse signifie un peu l’abandon du projet, étant donné l’hostilité du clergé québécois. Puis, la démission de Marie Gérin-Lajoie comme présidente du Comité provincial pour le suffrage des femmes entraîne l’abandon, ou presque, des activités des suffragettes québécoises.3

La seconde étape débute en 1927. Une scission s’effectue au sein du Comité provincial pour le suffrage des femmes, qui devient la Ligue des droits de la femme (LDF) en 1928, avec le départ d’Idola Saint-Jean. Cette dernière crée l’Alliance canadienne pour le vote des femmes (ACVF). Les moyens de pression promulgués par les suffragettes québécoises sont beaucoup plus dynamiques lors de cette période. Ce dynamisme est probablement engendré par la collaboration des deux groupes en ce qui a trait à l’élaboration des actions, et ce, même avec des objectifs et des moyens complètement différents pour y parvenir.4 Puis, les suffragettes québécoises collaborent aussi avec les militantes américaines et les anciennes suffragettes canadiennes. En 1929, les suffragettes essaient de conscientiser la population à la cause du suffrage féminin par le biais d’une campagne publicitaire frappante. Cette campagne est financée par l’envoi de deux chèques de 500 dollars par le mouvement suffragiste des États-Unis. Les militantes québécoises conçoivent et distribuent des dépliants à la population.   Elles mettent en place des réunions publiques à travers la province pour informer l’opinion publique. Il y a même des femmes-sandwichs qui paradent sur les artères principales à Montréal et à Québec.5

 En 1930, Idola Saint-Jean se présente comme candidate indépendante dans le comté Dorion–Saint-Denis à Montréal lors des élections fédérales. Cette candidature a pour but de démontrer au public et aux législateurs le peu de droits politiques accordés aux femmes. Idola Saint-Jean remporte 3000 voix aux élections.6 La Ligue obtient une émission radiophonique, Fémina, à CKAC en 1932 et à Radio-Canada en 1937, tandis que l’Alliance anime l’émission  Actualité féminine à CHLP et à CKAC.7 En 1935, Idola Saint-Jean profite de l’accession au trône d’Angleterre de Georges V pour lui démontrer l’injustice faite à ses sujets de sexe féminin. Elle envoie une pétition de 10 000 noms. Puis, la Ligue met sur pied une autre campagne publicitaire centrée sur les raisons pour lesquelles les femmes devraient avoir le droit de vote en 1938. Cette campagne faite à la télévision et à la radio a pour but de toucher l’ensemble de la population. Des dépliants publicitaires sont également distribués. Cette campagne vise à remplacer l’habituel pèlerinage de femmes au Parlement. Le projloi est refusé malgré tout.8 L’Alliance développe des relations avec les syndicats de femmes, dont le Syndicat des ouvrières de la robe. Le but est d’associer discrimination salariale et politique lors de grèves féminines.9            

Couverture des dépliants de la campagne choc de 1937.   Archives de la Ligue des droits de la femme.   Diane LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, édition du remue-ménage, 1989, p.51

Donc, les suffragettes canadiennes bénéficient d’un environnement propice à l’obtention du droit de vote des femmes, puisque la lutte se joue dans l’ensemble des provinces du Canada. Elles ne sont pas dans l’obligation de multiplier les actions afin d’obtenir le suffrage féminin, alors qu’il en est tout autrement pour les suffragettes québécoises.

1. Diane LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989, p.27.

2. Diane LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989, p.30.

3. QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée nationale, du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, Éditeur officiel, 1990, p.18.

4. QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée nationale, du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, Éditeur officiel, 1990, p.18. 

5. QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée nationale, du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, Éditeur officiel, 1990, p.19.

6. QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE.   Les femmes à l'Assemblée (...), p.20.

7. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Édition du Remue-ménage, 1989, p.49.

8. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.50.

9. Diane, LAMOUREUX.   Citoyennes?   Femmes, droit de vote (...), p.51.   

 

BIBLIOGRAPHIE

LAMOUREUX, Diane. Citoyennes? Femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1989, 195 p.

QUÉBEC, SECRÉTARIAT À LA CONDITION FÉMININE. Les femmes à l’Assemblée nationale, du droit de vote au partage du pouvoir, Québec, Éditeur officiel, 1990, 57 p.